COMMUNIQUE DE PRESSE COVID-19 : Privés d’écoles, les enfants sont les premières victimes collatérales de la pandémie au Burkina Faso, dit Save the Children

Tuesday 7 April 2020

 

Depuis la détection des premiers cas de Covid-19 au Burkina Faso, les autorités s’emploient à faire face à la pandémie.  A la date du 05 avril 2020, le Burkina compte 364 cas confirmes dont 18 décès. A l’instar de nombreux pays, le Gouvernement du Burkina Faso a pris des mesures immédiates afin de contenir la maladie et limiter son expansion, mais aussi pour faire face aux conséquences économiques et sociales de cette crise qui affecte tous les pans de la société.

Alors que le focus de la réponse au COVID-19 se focalise prioritairement sur le plan sanitaire, le gouvernement du Burkina Faso a également fermé les écoles depuis le 16 mars 2020 sur l’ensemble du territoire national, pour une période initiale de deux semaines. Si la mesure est bien fondée, et devrait permettre de prévenir la chaine de contamination, Save the Children tire la sonnette d’alarme car il n’en demeure pas moins qu’elle est lourde de conséquences sur l’éducation des enfants. Selon les estimations actuelles[i] la mesure a entrainé :

  • La fermeture de plus de 20 000 écoles ;
  • L’interruption des études de plus de 4 millions d’élèves.

Bien avant l’apparition du Covid 19, l’insécurité et le ciblage des écoles opéré par les groupes armés rendaient l’accès à l’éducation difficile pour des milliers d’enfants au Burkina Faso. Pour rappel, fin Février 2020 la situation sécuritaire avait entrainé la fermeture de plus de 2 500 écoles et l’augmentation du nombre de déplacés internes, dont plus de 60% sont des enfants. Dans ce contexte, la pandémie du Covid 19 rend encore plus compliqué l’accès à l’éducation des enfants. Elle rend aussi difficile la possibilité pour les acteurs humanitaires et le gouvernement de mettre en place des programmes qui permettraient de redonner aux enfants l’accès à l’éducation, qui reste un de leur droit élémentaire. Les enfants deviennent ainsi l’une des grandes victimes de cette pandémie et de ses effets collatéraux.

« Un jour on a appris que notre école sera fermée à cause du coronavirus. J’entends dire que c’est une maladie très contagieuse et qu’il faut prendre des précautions pour se protéger. Depuis lors, je suis à la maison. J’essaie de réviser mes leçons, mais ça ne peut plus être comme avant. J’ai vraiment hâte que les cours reprennent. L’école me manque. Je souhaite qu’on nous permette de reprendre, parce que je veux bien me préparer et passer mon Certificat d’Etude Primaire (CEP) », raconte Naomie[1], 12 ans, élève en classe de CM2 à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Si certains pays semblent mieux préparés à offrir un "apprentissage à distance" aux enfants pendant les fermetures d'écoles, les filles et les garçons les plus marginalisés vivant dans les zones rurales ou dans la banlieue des grandes villes auront du mal à accéder à l'enseignement à distance. C’est le cas au Burkina Faso. Il s'agit notamment des enfants issus de ménages à faible revenu, des enfants handicapés et des enfants déjà touchés par des conflits et des crises humanitaires. Au Burkina Faso, le risque que beaucoup d’enfants soient sortis du circuit éducatif suite au Covid 19 est très élevé en dépit des efforts du gouvernement.

Face à cette situation, Save the Children s'inquiète des mécanismes limités mis en place pour s’assurer que les enfants soient en mesure de poursuivre leur apprentissage depuis leur maison. Leur éducation est interrompue, les enfants n’ont plus de lieu sûr comme une école. Ils deviennent donc plus exposés aux abus, à la négligence, à la violence ou encore à l'exploitation, et sont plus susceptibles, surtout les filles, d'abandonner complètement l'école.

« Pour éviter une déperdition scolaire, Save the Children appelle le gouvernement du Burkina Faso et tous les acteurs d’éducation à prendre la mesure de la situation que vivent les enfants et proposer toutes les solutions possibles pour les aider à renouer rapidement avec l’apprentissage. Il est important d’intégrer une approche sensible aux enfants dans toute la réponse, la dimension de protection des enfants notamment dans leurs familles, mais aussi au niveau psychosocial car ce contexte est stressant pour les enfants. Il s’agit donc de répondre aux besoins des enfants à court terme, et d’envisager une réponse structurée afin qu’ils reprennent dans les meilleures conditions l’école à la fin de cette pandémie » a dit la Directrice de Save the Children au Burkina Faso.

Au regard de la situation, Save the Children appelle le gouvernement du Burkina Faso à s’assurer que la situation particulière des enfants soit prise en compte dans l’ensemble des interventions et que des mesures de protection des enfants à court, moyen et long terme soient envisagées pour éviter l’impact négatif du COVID-19 sur l’avenir de nos enfants et notamment les plus pauvres et les plus marginalisés.

Nous demandons notamment que :

  • Les efforts du gouvernement à travers son Secrétariat Technique d’Education en Situation d’Urgence et des acteurs du cluster[2] éducation puissent aboutir à une stratégie claire d’alternatives pédagogiques innovantes en contexte d’urgence pour atténuer l'impact de la fermeture des écoles. Ces initiatives devraient être intégrées dans le Plan de réponse du Gouvernement au COVDI 19. Par exemple, des outils tels que des programmes de radio et de télévision peuvent aider les enfants à accéder à une éducation alternative.
  • Une attention particulière doit être portés pour les filles, qui sont plus susceptibles d'être confrontées à un traitement disproportionné dans leurs maisons. N’ayant plus accès à l’école, plusieurs d’entre elles peuvent se voir contraintes de faire des corvées domestiques. Elles peuvent même être victimes d’autres formes de violences comme le mariage d'enfants. Le risque est que la situation actuelle de Covid 19 sorte définitivement beaucoup d’enfants, plus particulièrement des filles, du système scolaire.
  • Les besoins des enfants soient pris en compte dans la production et la diffusion des supports d’information et de sensibilisation visant à prévenir le Covid 19. Les enfants ont besoin d'une information fiable et appropriée à leur âge pour bien comprendre et mettre en œuvre les mesures pour se protéger eux-mêmes, et partant, leur communauté. Il est essentiel qu'une attention particulière soit accordée à l’information publique pour s’assurer qu’elle corrige les rumeurs et autres informations erronées qui accroissent la peur, la panique, et la psychose chez les enfants.
  • Tout soit mis œuvre pour gérer et atténuer l'impact psychosocial et en termes de santé mentale que l’expansion du COVID-19 peut engendrer chez les enfants et leurs communautés. Cela implique d’incorporer des messages d'appui psychosocial dans les plateformes d'apprentissage à distance qui seront utilisées et sensibiliser les enseignants pour qu'ils puissent s'occuper des impacts psychosociaux des enfants à leur retour à l'école.

 

FIN

Contact media

Save the Children Burkina Faso

Hubert OUEDRAOGO Hubert.Ouedraogo@savethechildren.org  Tel : +226 51 51 14 28


[1] Il s’agit d’un nom d’emprunt

[2] Groupe de travail thématique sur l’éducation en situation d’urgence


[i] Basées sur des annuaires statistiques scolaire 2018-2019 du Ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues nationales (MENAPLN)